Un artisan scie du bois avec une scie circulaire.

Déclaration d'amour au printemps

Mais qui veut créer doit d'abord sortir de son hibernation. Il est temps de se réveiller. La nature, notre plus grand maître, nous montre l'exemple

Texte: Tim Gutke / Image d’accroche: belovodchenko/GettyImages, Portrait: Tim Gutke

Mis à part les quelques rares hommes qui ne sentent pas l’appel du printemps, tous les créateurs et bricoleurs de la planète se sentent appelés par de nouveaux projets. Mais par où commencer?

Il y a un temps pour détruire, et un temps pour construire. Ainsi va le cycle de la vie.»

Tim Gutke

Je ne me rends donc pas directement dans un magasin de bricolage, non. Je dois d’abord entreprendre un cheminement spirituel, un voyage intérieur, car si ce mouvement est universel, chacun a ses propres motivations. Nous voulons marquer les esprits, inspirer le respect et susciter l’admiration d’autrui. Certaines créations nous saisissent et nous laissent béats d’admiration. Elles nous donnent envie de passer à l’action, peu importe notre projet: recouvrir un toit, poser une grille, abattre un arbre. L’idée est d’accomplir quelque chose qui perdurera, du moins jusqu’à la fin de l’été.

L’amour renaît

En fin de compte, ce phénomène va même au-delà d’un cheminement spirituel. N’est-il pas bien plus grand que nous? Sommes-nous génétiquement programmés pour renaître et créer? Créer n’est-il pas tenter d’immortaliser quelque chose, de nous renouveler? D’une certaine manière, le printemps vient faire un grand ménage dans notre vie après les longs mois d’hiver. Et la nature est intelligente. Elle sait nous entraîner. Le printemps est un nouveau départ, un nouvel amour. Tel un enfant, des amours d’un créateur et du printemps naît une création unique. Une œuvre construite de ses propres mains.

L’impulsion naturelle du printemps

Au début du printemps, créer se met à donner plus d’énergie qu’elle n’en coûte. C’est un processus naturel, biologique. Caressé par les rayons du soleil, le corps libère des endorphines et de la sérotonine, qui nous font ressentir cette effervescence typique. Or la sérotonine est principalement produite via la vitamine D. Autrement dit, qui dit manque de soleil dit manque de vitamines. Or sans vitamines, pas de motivation. L’énergie printanière met toute la planète en mouvement. Elle nous entraîne. La nature nous donne une impulsion pour nous réveiller. Et on pourrait presque entendre ce coup d’envoi profondément ancré en nous depuis la nuit des temps. Notre renaissance annuelle. Personne n’y échappe, car il y a un temps pour tout, et chaque phase a son rythme. Il y a un temps pour détruire, et un temps pour construire. Ainsi va la vie. La Terre met 365 jours à faire le tour du soleil, la lune 29,5 jours à faire le tour de la Terre, et à nos latitudes, nous avons au plus 12 heures de soleil par jour. Ou aucune en hiver. Et c’est bien là le problème, puisque nous manquons de vitamine D durant les longs mois d’hiver. Avant de ressentir l’effervescence printanière, certains d’entre nous passent par une déprime hivernale.

Chez moi, ça commence en octobre. Mes voisins me voient disparaître derrière la porte en tôle de mon garage, un tournevis cruciforme et des clés mixtes à cliquet de 13 et de 11 mm à la main. J’entame mon hibernation, du moins symboliquement. Une batterie dans chaque main, celle de la voiture dans la main gauche, celle de ma moto dans la main droite, je retourne dans l’appartement chauffé d’un vieux bâtiment de l’Ouest berlinois. C’était mon dernier butin avant de sceller la porte de ma caverne.

 

Notre auteur Tim Gutke est passé maître dans l'art de surestimer ses aptitudes de bricoleur.

En savoir plus sur ce créateur

Tim Gutke, 41 ans, auteur, est passé maître dans l’art de surestimer ses aptitudes de bricoleur. C’est un touche à tout, mais ses compétences ne sont pas toujours suffisantes… surtout quand des boulons verticaux se dévissent de leur tête de cylindre ou quand les arbres des pavillons de jardin s’écroulent…

L’envie de créer

Je n’ai l’impression de redevenir moi-même que maintenant, alors que le printemps revient, que la nature, l’énergie universelle, peu importe le nom qu’on lui donne, m’appelle. Le soleil est notre moteur. Il fait pousser les feuilles, nous réchauffe enfin, nous redonne motivation et matériaux. C’est le maître œuvre de ce monde, et le printemps est son chantier. L’envie de créer m’est revenue. Je sors tout à l’air frais avec une énergie que j’avais presque oubliée: les pièces en chrome que j’avais dévissées juste avant le début de l’hiver pour les faire tremper dans l’évier plusieurs jours, la boîte à outils qui a pris la poussière sur le sol du couloir pendant des semaines et dont je dois vérifier minutieusement le contenu pour être sûr qu’elle soit complète, et les batteries rechargées… Bref, tout ce qui a transformé notre appartement en atelier ces derniers mois. Et alors que je sors de ma torpeur, j’entends ma copine dire doucement: «Merci, printemps, d’être enfin revenu!»

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