Notre auteur Sascha Borrée place de la paille et des morceaux de bambou dans les briques de l'hôtel à insectes qu'il construit.

Tentons l'expérience:
fabriquer un hôtel à insectes

Même avec les meilleures intentions du monde, tout ne se passe pas toujours comme prévu. En effet, la construction d'un hôtel à insectes peut représenter plusieurs défis. Notre auteur Sascha Borrée a donc fait appel à un expert avant de se mettre à l'œuvre

Texte: Sascha Borrée | Images: Lucas Wahl

Ces derniers temps, lorsque j’enfile mes chaussures de randonnée et que je vais explorer les bois et les prés derrière chez moi, quelque chose me frappe: ces endroits autrefois verdoyants sont devenus bruns et désertiques. Le silence règne là où de joyeux bourdonnements se faisaient entendre.

Je n’ai pas besoin de lire le journal pour me rendre compte que la nature ne va pas bien. J’ai envie d’agir. Mais par où commencer? Je ne vais certes pas sauver la planète à moi tout seul, mais pourquoi pas quelques abeilles dans mon jardin? Je pourrais construire un de ces hôtels à insectes dont tout le monde parle… Comment dois-je procéder? Comment est-ce que ça fonctionne? Est-ce que ça aide vraiment les abeilles?

Les hôtels à insectes sont une merveilleuse idée, quand on évite quelques erreurs courantes.»

Michail Schütte

« Les hôtels à insectes sont une merveilleuse idée pour débuter et ensuite approfondir le sujet », m’explique Michail Schütte, collaborateur chez Naturum Göhrde, un musée consacré à la forêt et à la nature situé à proximité de Lunebourg. « Ils ne sont toutefois utilisés que par certains types d’abeilles. Ils ne remplacent donc pas les jardins aménagés pour accueillir des insectes. » Et le pédagogue spécialiste de la forêt me précise aussi qu’on peut commettre des erreurs lors de la fabrication, à commencer par le choix des matériaux. En effet, on peut par exemple recycler des matériaux de construction, mais il faut faire preuve de prudence. Dans le pire des cas, les abeilles risquent de se briser les ailes sur des angles acérés ou sur des fragments de bois, et ce qui leur sert de nid et de lieu de retraite devient un danger mortel. Quelque peu effrayé par cette information, j’hésite presque à abandonner. Heureusement, Michail me rassure: « Ne t’inquiète pas, je vais te montrer comment faire pour que tout se passe bien. »

1. Comme au bon vieux temps: préparer le bois à la hache et au rabot

Pour commencer, il faut que les abeilles aient un toit sous lequel s’abriter. Comme pour un hôtel classique, les fondations doivent être solides avant de songer à l’aménager. Michail n’est pas seulement pédagogue spécialiste de la forêt, il est aussi sculpteur sur bois et artisan du bois vert. Il ne manque donc pas de morceaux de bois prêts à être utilisés. Nous cherchons des morceaux de toutes les tailles. Nous marquons les contours du mur arrière et des côtés, ainsi que les planches du plafond et du plancher. Puis nous passons à la taille. Où est la scie sauteuse? « Nous y arriverons sans doute tout aussi bien avec des outils manuels », déclare Michail. Pardon? Il sourit et me tend une scie à main. Je souris en retour, même si ça m’ennuie un peu. Est-ce vraiment nécessaire? Apparemment… Bon, je me mets au travail. Je scie d’abord les planches dans le sens de la longueur, puis j’utilise la hache, le couteau à deux manches et le rabot pour rendre les côtés droits et lisses. Pourquoi tailler les morceaux de bois en deux avec une scie sauteuse? Ce n’est malheureusement pas comme ça que ça fonctionne. Je dois être précis, observer les veinures et travailler avec elles. J’examine la structure du bois, ses formes arrondies, je passe mes mains dessus. Etonnamment, ma mauvaise humeur se dissipe vite et fait place à de la joie.

Une fois que notre auteur Sascha Borrée a scié les planches dans le sens de la longueur, il travaille les côtés au rabot.

2. La construction

Il est temps d’assembler toutes les pièces de notre petit édifice. Les planches destinées aux murs, au toit et au plancher doivent être vissées les unes aux autres. Michail dessine des cercles et des croix au crayon pour marquer les emplacements où placer les vis. Je jette un œil légèrement inquiet à sa boîte à outils, où se trône une vieille perceuse à main à côté de la hache et du rabot. Mes poignets se tendent rien qu’à l’idée de faire des dizaines de trous à la main. « Ne t’en fais pas », me dit Michail lorsqu’il surprend mon regard. « Inutile de nous compliquer la tâche. » Il me tend une perceuse sans fil, que je prends avec soulagement. Je perce tous les trous en l’espace de cinq minutes. Je n’utilise la perceuse à main que pour visser les vis, ce qui ne me prend pas plus de 15 minutes. Je fais deux pas en arrière, je contemple mon œuvre montée… L’hôtel a fière allure!

Sascha Borrée visse les pièces de l'hôtel à insectes qu'il construit lui-même à l'aide d'une perceuse sans fil.

3. L’aménagement intérieur

La structure de mon hôtel est terminée, il ne me reste qu’à le rendre habitable. « Certains insectes aiment la paille. Les abeilles sauvages préfèrent le bambou, alors que d’autres s’installent dans le bois, ou encore dans la glaise. » Qui veut accueillir le plus d’espèces possible doit ainsi varier les matériaux. On utilise souvent des restes de matériaux. Il faut toutefois veiller à éviter quelques erreurs courantes. Par exemple, les bords très aigus, comme ceux des tiges de bambous, peuvent être particulièrement dangereux. « Ils peuvent entailler les ailes fragiles des abeilles. Il faut les poncer avec du papier de verre. » Les coquilles d’escargot sont aussi inoffensives qu’inutiles. Certaines espèces d’abeilles les utilisent, mais seulement si elles sont par terre. Dans un hôtel à insectes, elles servent surtout de décoration. Il en va de même des pommes de pin, qu’on place généralement dans les briques creuses. Michail précise: « Leurs trous sont beaucoup trop grands pour qu’une abeille s’y loge. Mais on peut y placer de la paille ou du bambou. »

En termes de matériaux, Sascha et Michail ont l'embarras du choix. Comme l'explique Michail Schütte, animateur d'ateliers, certains insectes aiment la paille, d'autres le bambou.

4. Les meilleurs matériaux: la paille, le bambou, la glaise et le bois mort

C’est parti! Je découpe la paille et le bambou, je ponce les bords des morceaux de bois, puis je place les matériaux à l’abri de la pluie dans des boîtes en métal sans fond ou des briques. Michail a utilisé ces dernières dans son ancienne porcherie; il les recycle à présent. Les mottes de glaise, que je découpe avec une pale et que je dissous dans l’eau, proviennent du même endroit. Avant que je ne verse la glaise dans l’étage inférieur de l’hôtel, j’y mélange un peu de sable. « La glaise doit avoir la bonne consistance, m’avertit Michail. Les abeilles y creusent des trous, elle doit donc être suffisamment molle. » Pour terminer, nous meublons notre hôtel. « Les insectes adorent le bois mort. Avant, les arbres morts jonchaient le sol. De nos jours, les propriétaires de bois ou de jardins ont tendance à s’en débarrasser, et les insectes ont moins d’endroits où se loger. » Michail me montre des zones blanches sur des morceaux de bois. « Le bois mort qui git depuis un certain temps déjà et est atteint de la pourriture blanche est le matériau parfait. » Si vous n’avez pas suffisamment de bois mort, vous pouvez aussi utiliser du bois dur que vous aurez récolté et séché. « Dans ce cas, il faut y percer des trous, jamais parallèles, toujours à un angle de 90 degrés par rapport à la veinure. Sinon, le bois se fend, et les champignons et autres parasites y pénètrent. » N’utilisez pas de bois de conifère, les trous de perçage se fendent et sont trop acérés. Heureusement que Michail est là! Je perce, je l’écoute, je m’imprègne de son savoir… jusqu’à ce que je place le dernier morceau de bois dans l’hôtel.

5. Quel emplacement choisir?

Notre œuvre est prête à être installée dans le jardin. Mais où? Comme pour un vrai hôtel, son emplacement ne doit pas être laissé au hasard. « Les abeilles adorent la chaleur et le soleil, me dit Michail. Les hôtels à insectes devraient toujours faire face au sud. Ils doivent être solides. Evitez donc les endroits instables. » Si leur nouvel habitat vacille à la première bourrasque, les abeilles, sensibles, déménageront rapidement. Michail et moi cherchons l’endroit parfait. Il finit par le trouver près du mur de la maison.

J’admire mon œuvre et me place à côté d’elle jusqu’à ce que ses premiers hôtes arrivent. « Ça peut prendre du temps », m’avertit Michail en souriant. « Pourquoi ne pas te rendre utile en attendant? » Oui, bien sûr. Que reste-t-il à faire?

Selon Michail, les hôtels à insectes sont merveilleux, mais ils ne sont qu’une première étape. Ils ne peuvent pas remplacer un jardin aménagé pour les insectes. Il m’explique à quel point il est important d’avoir un mélange stratégique de fleurs, de buissons et d’arbres qui assure une fleuraison continue du printemps à la fin de l’automne, afin que les insectes aient de quoi se nourrir. Son conseil: laisser certaines zones redevenir sauvages afin de laisser de l’espace pour les différentes espèces d’abeilles, de hannetons et de papillons qui n’apprécient pas l’hôtel. J’écoute, j’acquiesce, et je me dis qu’il a raison. Ce n’est que le début! Dès demain, je réaménage mon jardin. Je vais créer un vrai paradis pour insectes!

A faire soi-même

Si tu veux toi aussi créer un hôtel à insectes, tu trouveras de nombreuses informations sur le site de l’organisation à but non lucratif Nabu. Michail Schütte donne des cours de travail sur bois vert à l’aide de divers outils dans le Göhrde, près de Lunebourg, la forêt mixte la plus vaste du nord de l’Allemagne. Tu peux aussi découvrir la forêt et les espaces sauvages au musée de la forêt Naturum Göhrde, où travaille Michail.

Commenter maintenant

Commenter maintenant

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Votre nom figurera plus tard au-dessus de votre commentaire. Vous avez également la possibilité de choisir un pseudonyme.

* Champ obligatoire